dimanche 8 février 2015

PETITES PENSÉES D'UN DIMANCHE SOUS LE SOLEIL

PETITES PENSÉES D'UN DIMANCHE SOUS LE SOLEIL
Février 2015


Il y eut une pensée, celle de n'être rien d'autre qu'un noyau de chair s'agitant dans tous les sens, ayant perdu sa boussole.
Il y eut cette idée, selon laquelle il faut tout déconstruire pour vouloir se reconstruire.
Il faut accepter de sombrer encore plus loin dans le chaos intérieur, pour qu'enfin, un jour, un être nouveau, sachant ce qu'il veut (où et avec qui il veut vivre), puisse éclore.

Ce temps est bien loin d'être arrivé. Nous sommes en février 2015, après ce mois où tant de choses ont changé.
J'ai l'impression que mon corps s'est imprégné de cette tragédie de Charlie. Que ma tête résonne encore de la peine terrible, immense qui m'a ravagée, suite à la connaissance de l'attaque. Que les visages de ces milliers de personnes avec qui j'ai défilé, le 11 janvier dernier, sous un soleil pâle, se sont incrustés dans le mien. Qu'ils sont là, avec leur silence, leur tristesse, leurs rires de circonstance. Ces visages de tous les continents, de tous les peuples. Le genre humain porté par une magnifique espérance. Celle de vivre ensemble. En paix.

Et puis, les rires se sont cristallisés. En une myriade de questions suspendues sur le fil ténu de la parole blessée, humiliée (celle des musulmans ne se reconnaissant pas dans cet acte), de la parole sordide et humiliante des préchi-précha donneurs de leçon, de la parole de bien-penseurs convaincus de leur vérité à eux, de la parole devenue revendicatrice de ceux mettant plus en avant leur religion que leur appartenance à une nation. Juifs ou musulmans confondus.
Tout cela s'est fait si vite. Tout s'est mélangé en une boue épaisse. Une mélasse tapissée de concepts détournés (la fameuse laïcité, la liberté d'expression).

'Je pense et, donc, je suis ' (après tout, osons) convaincue qu'il n'y a pas de vérité toute faite, si ce n'est celle de nous amener là où nous ne voulons pas TOUS aller. Les récalcitrants, ceux qui pensent différemment doivent se taire. Sinon ils se feront moucher.
Les émissions dévoilent cette logique. Dans ' On 'est pas couché ' (06-02-2015), Didier Bourdon s'exprime après le fameux ' mot ' de Nicolas Bedos (qui se revendique d'un athéisme intégriste, en réponse à toutes les religions radicales) en disant que les Inconnus, au vu du contexte actuel, n'auraient peut-être pas pu faire certains sketchs, comme ceux d'il y a 20 ans. Parole censurée, mon caporal? Didier Bourdon montre 'le la', de ses gros yeux bouffis de graisse.
Quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire, ces discours?
Voilà de braves gars pour nous montrer deux voies: un mouton dodu nous demandant de nous taire (ou plutôt de nous-auto-censurer), une guest-star, un trublion téméraire (*), qui fait le show en lisant un texte plutôt acéré sur un prompteur (en plus il a une belle gueule, ça aide). Deux points de vue presque contraires, mis bout à bout. A vous de décider vers qui vous penchez, ouailles éclairées (?) qui écoutez cette émission. Je serais curieuse de voir de quel côté penche la balance.

Il y a une logique, derrière tout cela, de personnes qui nous gouvernent, nous manipulent par le biais de notre collective émotion, de notre sensibilité exacerbée (ou au contraire complètement avachie).
Il y a une volonté, oui, une réelle volonté de vouloir abêtir la société civile, de la désorienter, de la mener pour le bout du nez.
Dans notre quotidien, il suffit de regarder autour de nous, de lire les signes.
Les gens rasent les murs. Tout sombres dans leur costume noir. Ils se taisent, accablés par leurs poches trouées.
Pou continuer à s'enrichir et régner, les grands de ce monde ont intérêt à ce les peuples restent obnubilés par leurs soucis quotidiens. Cela les empêche de se rebeller.

Nous vivons dans un monde où la culture perd ses crédits, rentre dans le moule, où la communication et le marketing prennent le dessus sur les idées et la créativité (celle qui ose prendre des risques, provoquer, interroger).
Le fric à court terme des traders allié aux intérêts des multinationales faisant main basse sur les moindres ressources de la Terre-mère veulent assécher les actions réfléchies (à long-terme) de citoyens conscients.

Pendant ce temps, on assassine des tentatives de démocratie, on laisse sévir les mauvais traitements, les tortures. On se rend complice de milices fascistes. On se prend pour les plus grands de l'Univers. Même si Dieu, seul, est à prompt à se prendre comme tel.
On utilise des peuples pour s'en mettre plein les fouilles, en spéculant sur les dettes de leur État. On tue une sagesse, celle de la démocratie grecque et de son plus grand penseur, Aristote né il y a plus de 2300 ans.

" Pour qu'une société soit pérenne, elle doit non seulement être juste, mais également amicale. L'amitié permet de dépasser la notion de juste milieu et renforce l'idée de justice."

"  Le courage est un juste milieu entre la peur et l'audace "  (*)

" Quel plus terrible fardeau que l'injustice qui a les armes à la main "

Mais il y a un os.
Dans cette déconstruction systématique, dans ce vide qui se crée, qui veut rendre nos cerveaux aussi fêlés que ceux d'une vache folle (pauvre bête, elle aussi, victime de la folie de certains hommes), il reste des lueurs. Des fantassins. Des troubadours. Ceux-là,  celles-là veillent. Agissent. Je l'espère. 
Elles restent le garant de notre liberté. De notre spiritualité. De notre foi envers le genre humain. Ce qui nous conduit à nous rapprocher, nous toucher par-delà nos divergences de fond, de religion, s'appelle peut-être encore l'amour. Contre cet amour-là, les mécréants prôneurs d'une société sans âme peuvent s'acharner. Ils ne parviendront pas à l'éradiquer. 
Même s'ils cherchent à l'étouffer via des sites de merde. Même s'ils veulent transformer des relations amoureuses véritables en actes de sex-porno addict.
Le désir reste à ré-inventer. C'est lui qui nous guide vers l'autre. Mais il est mis à mal par une industrie débile et sans valeur, si ce n'est pécuniaire. Enfin,vu les temps, c'est normal ...

Nous sommes rentrés dans une nouvelle ère.
Celle d'un monde de l'image, du flux constant d'informations invérifiables tant elles sont nombreuses et décontextualisées.

Des choses m'inquiètent, toutefois.
La jeunesse suit des mouvements allant à l'encontre du bon sens.
La jeunesse, c'est l'avenir des sociétés. Le XXIe siècle est le leur, le mien fut celui plutôt insouciant de la 2e moitié du XX.
Entre ceux qui tombent sous la coupe de gangrènes (fric à tout-crin*, fascisme issu de la non-appartenance à une' élite dorée' - cf les mouvements néo-nazis actuels récupérant leur désespoir et leur leitmotiv ' no future ' - ), que reste-t-il?
Une jeunesse mouton, quasi analphabète, avachie par le dernier avatar d'une télé-réalité complice de leur absence de discernement, de volonté.
Une jeunesse qui se réfugie dans l'irréel (jeux vidéos, drogues, religiosités, sectes: tout cela dans le même panier). Une jeunesse citadine, coupée de la Nature.

Reste celle qui s'interroge, regarde le passé pour comprendre le présent, résiste aux sirènes de mort ou du pouvoir de l'argent dans sa démesure...: elle est là. Peu nombreuse, je le sais.
Mais, Dieu merci, il y en a encore. Ne la laissons pas s'envoler vers d'autres rives!
Donnons-lui de l'espoir, bordel de merde. Qu'ils puissent entraîner les autres dans un élan de reconquête de leur pensée propre.
Qu'ils puissent aussi se lever pour plein de combats (soigner la Nature. L'aimer. La maintenir en vie, etc etc).

Un signe, ce matin. Un homme, sur l'onde d'une radio. Mohammed Cherani. Il a failli partir en Grande-Bretagne. Il est finalement resté. Il a l'air d'avoir du chien. Voyons voir ce que lui (et d'autres) feront.

Reste enfin d'autres petites pépites. Et là, il y a matière à beaucoup d'espoir: dans l'humour, l'éclat de rire. Hier soir dans un bus avec une amie, une autre fois dans un restaurant avec un quatuor de quadra, dont je faisais partie (composée d'une Française marocaine et musulmane, d'une spirituelle (votre modeste plume), d'une Française de père guadeloupéen et de mère italienne, d'une Française dont les parents sont camerounais et guadeloupéens).
Pour dépasser le tragique (prégnant dans certaines religions, malheureusement, à moins qu'elles parviennent à s'assouplir), gardons notre capacité à rire de tout. A nous moquer de nous-mêmes. A être faussement sérieux, comme dirait Luciano Tovoli...
L'avenir nous appartient. A nous de nous battre pour garder certaines valeurs. Au nom de nos enfants.

*Je pense à ces jeunes trentenaires issus d'écoles de commerce, de marketing, de communication, prêts à vendre père et mère pour s'imposer. Croyant avoir tout compris.
Leurs tablettes sont sans doute leur nouvelle bible (ou Torah, ou Talmud). Leur arrogance se fout de tout. Tant qu'ils ont des cuillères d'argent dans la bouche et des valets pour les servir.

Cela poste cette autre question: si l'argent est important pour vivre, faut-il servir les autres, parce qu'il faut juste gagner sa vie, pour être libres? Le travail a-t-il encore une réelle valeur?

Bon, on ne va en remettre un autre débat sur la table ….
(ma petite voix intérieure me dit ' A table' ). Il est 14h47...






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