dimanche 27 juin 2010

Le silence

Novembre 2005

Le silence, selon …


Le silence arriva par la montagne de l’âme. Il traversa les chemins de Katmandou, survola pendant mille et une nuits les contours de la terre, fit 20 000 lieux sous les mers et fit une pause chez Colette qui créait Claudine.
Il se fana en route, perdit quelques pétales de mystère chez le passeur de rêves, mais, toujours vigoureux, souffla de nouveau sur les humains qui semblaient ne plus le reconnaître.
En dépit de leur ingratitude, en grand seigneur qu’il était, il se métamorphosa en génie de l’âme. Une seule parole de lui faisait d’un jeune homme timide un homme prévenant et délicat ; d’une fille trop calme une jeune femme écoutée et respectée.
Il eut ainsi la chance de ne pas sombrer dans de futiles discours qui l’auraient perdu. C’était un génie discret et serviable, à n’en pas douter la sève la plus riche que les Dieux eurent crée.
Un jour, un voile noir et brumeux le recouvrit. C’était le voile de l’urbanité. Le silence en fut si affecté qu’il décida de punir ceux qui l’avaient jeté en pâture.
Dès lors, dans la tête des hommes, résonnèrent mille bruits que le silence ne fut plus en mesure de calmer. C’était à n’en pas douter une vengeance terrible, car, où qu’ils aillent, les hommes n’étaient plus seuls avec eux-mêmes. Ils étaient dominés. Ils conçurent d’amadouer le génie en créant des paradis artificiels sur des îlots en pleine mer, où calme, luxe et volupté seraient les trois égéries. Ils conçurent des équipes de spéléologistes pour aller le chercher au fonds de cavernes englouties par les eaux, essayèrent de parvenir au sommet des plus hautes montagnes de la planète.
Mais rien n’y fit. Où qu’ils aillent, le silence avait fui. Il y avait toujours une multitude de résonances que les hommes, humbles et repentis, entendaient au plus profond d’eux-mêmes.
De ce fait, les humains décidèrent de faire les sourds et de ne plus accorder de crédit, ni aux bruits, ni au silence.
C’est ainsi que le génie de l’âme s’incrusta dans la muraille des vies, qu’il disséqua les moindres sons qui peuplaient son chemin, les contournant, les léchant de son parfum d’immortalité inodore.
L’homme n’avait pas voulu lui faire de mal. C’était la civilisation qui avait grandi. Elle s’était emparée des dernières vapeurs de son souffle.

Ainsi finit cette histoire. Si vous sentez un souffle, ce sera peut-être lui, le silence, qui se délecte de vos âmes concentrées, qui trouve dans vos musiques intérieures une poésie qui lui convient et pour lequel il décidera, à son bon gré, d’y ajouter un point d’orgue

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